[Partie 2] Cyberharcelement et sextorsion: comment en parler ?

Ce second article fait suite à la première partie sur la campagne #NPCAM contre le #cyberharcèlement et la sextorsion.

Avec la 2ème partie, l’idée est d’aller plus loin encore en abordant les notions de prévention liée à la sextorsion, puis les raisons qui réduisent certains enfants qui en sont victimes au silence. Le focus sera également mis sur les comportements à adopter lorsque l’on reçoit des messages indésirables et quels risques nous font courir l’envoi de sextos ou de photos à caractère sexuel. Faut-il pour autant espionner la vie privée de nos enfants ?



[Q6] Comment prévenir les risques de sextorsion sur les enfants ? À quel âge, les parents devraient-ils avoir des conversations avec leurs enfants sur la prévention de la sextorsion et des risques en ligne dus au cyberharcèlement ?

PARENTS / ÉDUCATEURS

  • Il n’est jamais trop tôt (ni trop tard d’ailleurs !) pour commencer à discuter de prévention avec vos enfants car nos enfants sont en ligne dès l’école primaire !

  • De manière générale, les enfants, selon leur âge, auront des questions différentes face au comportement en ligne et à la sécurité. Il convient alors, au fil des âges, d’adapter et d’enrichir ces conversations. Aussi, il est essentiel de toujours rappeler les messages clés qui permettront à l’enfant de rester prudent mais confiant en ligne.

  • Avant tout accès en ligne à l’école ou à la maison, surtout lorsque l’utilisation de l’outil informatique se fait sans surveillance, les parents devraient sensibiliser les enfants aux risques et d’autant plus lorsque le premier téléphone portable leur est confié.

  • Il est suggéré de lancer un plan de communication proactif tôt dans la vie des enfants. Utilisez des scénarios hypothétiques : les fameux “ET SI”. Enseignez leur comment développer leur intuition et ainsi faire appel à leur bon sens pour percevoir les signaux d’alarme

  • Rappelez-leur que personne n’est exempté, même les personnes en position de pouvoir ou proches de la famille. Créez un plan d’action pour que votre enfant sache quoi faire si quelqu’un lui demande des images ou des vidéos ou s’il reçoit une communication non sollicitée.

  • Et surtout, rassurez vos enfants en leur disant que quoiqu’il arrive, ils seront toujours aimés, dignes et incroyables. L’enfant a besoin de savoir que rien ni personne ne pourra jamais changer cela.

AUTORITÉS / PLATEFORMES

  • « Poursuivre les auteurs » demeure le seul moyen de prévenir le cyberharcèlement et la sextorsion sur mineurs. Lorsqu’il n’est pas poursuivi, l’auteur est libre de récidiver sur cet enfant ainsi que sur des centaines d’autres. La poursuite fait alors gage de prévention.

  • La nouvelle loi visant à protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste a été promulguée le 15 avril 2021 par le Parlement. Par ailleurs, d’autres dispositions comme la création du délit de sextorsion complètent cette dernière. Il s’agit alors, de punir toute incitation à commettre tout acte de nature sexuelle par le biais d’un moyen de communication électronique, sur un mineur ou avec un tiers.



[Q7] Dans quelles mesures et comment dois-je surveiller l’activité en ligne de mon enfant ?

PARENTS / ÉDUCATEURS

  • L’équilibre est la clé : Les enfants ont besoin d’une certaine intimité, mais les parents et les tuteurs doivent savoir si leur enfant est en danger. La sécurité de nos enfants est notre priorité n°1.

  • Instaurez un climat de confiance pour engager la conversation et proposez-leur d’utiliser leurs plateformes en ligne préférées avec eux le temps d’un moment privilégié. Profitez de ces moments ludiques pour (re)définir les règles et rappeler les mesures de prévention. Demandez-leur « Que ferais-tu si… ? » et aidez-les à réfléchir aux réponses. Apprenez-leur à reconnaître et à se protéger des prédateurs en ligne.

  • Expliquez-leur souvent les risques ainsi que leurs conséquences. Impliquez-les dans vos décisions et écoutez-les. S’ils ne comprennent pas votre démarche et vos interdits, ils seront moins enclins à accepter vos restrictions et chercheront par tous moyens à les contourner ! Accompagnez-les en leur donnant les bons réflexes pour se protéger et aidez-les à se responsabiliser sans leur donner l’impression d’être trop intrusif et risquer de les braquer.

  • Instaurez une forme de partenariat avec votre enfant et éditez un contrat de sécurité numérique.

  • Certains parents sont hélas, parfois trop occupés et ne prennent pas le temps de surveiller l’activité en ligne de leurs enfants. C’est pourquoi, la mise en place d’un contrôle parental permet de limiter les risques. En effet, il vous faut déjà vous familiariser aux différents réglages et comprendre quelles fonctionnalités sont les plus risquées afin de pouvoir les contourner.

Sachez qu’il est possible d’utiliser, par exemple :

  • des filtres permettant de « faire disparaître » les insultes sur leurs applications,

  • des moteurs de recherche adaptés comme QWANTJUNIOR pour les enfants.

  • Surveillez régulièrement (en fonction de leur âge) les contrôles de réglage sur les écrans et instaurez des heures pendant lesquelles les ordinateurs peuvent être utilisés à la maison. Encouragez vos enfants à utiliser des mots de passe forts et des paramètres de confidentialité et de sécurité.

  • Sur les réseaux sociaux, il existe quelques mesures simples pour éviter toute activité dangereuse, telle que :

    • activer la « recherche sécurisée » pour les navigateurs Web ;

    • définir comme privés les comptes de réseaux sociaux ;

    • discuter des informations pouvant être partagées et des personnes avec qui l’on peut échanger en ligne toute sécurité.

Les jeunes doivent apprendre à gérer leur présence en ligne. Une surveillance omniprésente peut être oppressante et les rendre moins susceptibles de s’ouvrir. Parfois, ils en viennent même à cacher leur activité en ligne. Tout est question de compromis et d’équilibre afin de prévenir tout dérapage. Cependant, si un jeune commence à présenter un comportement inhabituel, il faut d’emblée s’interroger et, éventuellement, revoir son historique complet en ligne (avec lui).

En conclusion, le contrôle parental et la surveillance en ligne sont les premières lignes de défense. Néanmoins, aucun contrôle de sécurité ne pourra remplacer la supervision parentale. Il faut encourager les parents à se renseigner auprès des enfants sur leur vie en ligne, comme ils le font en ce qui concerne leur vie scolaire et hors ligne.

“Qu’as-tu appris à l’école aujourd’hui ?” versus “Que se passe-t-il en ligne ?" doit devenir également un automatisme.

Il est malheureusement illusoire de penser pouvoir toujours surveiller ce qui se passe en ligne. L’exploitation des enfants se produit sur toutes les plateformes, d’où l’extrême importance de conversations régulières sur la sécurité en ligne, de l’établissement d’un contrat de confiance parents/enfants.



[Q8] Pour quelles raisons les enfants peuvent-ils ne pas divulguer lorsqu’ils sont victimes de cyberharcèlement ou d’abus sexuels en ligne ?

“Quand j’ai été victime de cyberharcèlement en ligne, il y a 6 ans, j’avais peur de demander de l’aide. L’agresseur m’a dit que c’était ma faute. J’y ai cru et je n’en ai jamais parlé.” : Combien existent-ils d’histoires/situations similaires/semblables, malheureusement ?

ENFANTS / ADOLESCENTS

  • Parmi les nombreuses raisons qui empêchent les enfants de témoigner librement de leur statut de victime (sextorsion ou cyberharcèlement) on peut en citer plusieurs mais 2 émotions reviennent souvent : la PEUR et la HONTE.

  • En effet, les enfants peuvent craindre la réaction de leurs parents ou le regard des autres s’ils révèlent en être victimes surtout s’ils ont enfreint les règles familiales en le faisant. Ils auront ainsi peur d’être punis. Ils peuvent également avoir le sentiment qu’ils ne seront jamais entendus ni pris au sérieux, ni par leurs familles ni auprès des forces de police ou autres autorités judiciaires. Ils pourront de plus être inquiets quant aux répercussions juridiques / familiales.

  • A cela s’ajoutent la honte et la culpabilité : honte d’avoir été bernés et abusés ; culpabilité, souvent renforcée par l’agresseur qui profite de l’état de détresse psychologique pour maintenir une pression permanente sur l’enfant. C’est le principe de double victimisation qui maintient dans le silence les victimes.

  • L’agresseur peut également recourir au chantage pour faire taire toutes velléités de la part des victimes. En instaurant un climat de honte, il rejette la faute sur le jeune qui aura pu être le premier à divulguer des photos et menace de les adresser à des proches. Il pourra également le faire chanter en menaçant de s’en prendre à sa famille, amis… La peur des représailles suffit souvent à tuer toute rébellion et la situation peut escalader.

  • Le manque d’éducation sexuelle joue un rôle important : certains enfants pourront initialement être inconscients du caractère toxique de cette relation en ligne ou ne pas imaginer quelque chose de répréhensible car le prédateur sexuel les aura manipulés. Ainsi, par manque de connaissances sur le caractère interdit, ils n’auront pas notion du fait qu’ils peuvent se faire aider pour mettre fin à ces abus.

  • Il est très difficile de comprendre lorsque la situation se présente que SEUL le fait de parler, témoigner de ces abus à des personnes de confiance permettra d’apporter une solution pérenne à cette spirale infernale et si dévastatrice. C’est en parlant que l’on se remet en sécurité.

  • Un sentiment profond d’isolement peut apparaître car les jeunes auront été poussés à croire que rien ni personne ne peut les aider. Parfois, ils tentent même de résoudre seuls la situation quitte à payer le criminel pour s’en débarrasser. Il est indispensable de rappeler aux enfants / adolescents que cela ne servirait à rien et que l’unique moyen de briser ce cercle vicieux est d’en parler, mettre les mots aussi difficiles soient-ils sur ces abus.

PARENTS / ÉDUCATEURS

  • Afin qu’un enfant puisse reconnaître le caractère inacceptable de la sextorsion et du cyberharcèlement et puisse vous en faire part s’il en était victime, il lui faut des connaissances et les ressources adaptées pour y faire face ! Il faut donc définir très tôt aux enfants ces termes, de manière appropriée suivant leur âge et niveau de compréhension.

  • Utilisez des termes simples et expliquez clairement que personne ne devrait leur demander de photos/vidéos/audios à caractère sexuel, que ce soient leurs amis à l’école ou sur des plateformes de discussion en ligne, car il peut s’agir d’adultes déguisés.

  • Les enfants sont détenteurs de smartphone de plus en plus tôt et ainsi, s’essaient au « sexting ». Ils risquent alors de normaliser une relation avec un prédateur sexuel, en considérant que « tout le monde fait pareil ».

  • Enseignez-leur cette règle d’OR : NE JAMAIS GARDER QUELQUE CHOSE COMME ÇA POUR SOI ET TOUJOURS EN PARLER. Bâtissez une relation de confiance avec vos enfants afin qu’ils soient toujours persuadés que la meilleure façon de régler le problème sera de venir vers vous. Soyez conscients que pris dans l’engrenage de la sextorsion ou du cyberharcèlement, les jeunes auront l’impression de prendre un risque en vous en parlant ; ils ne se confieront que s’ils estiment pouvoir se fier à vous.

  • N’hésitez pas à recourir aux scénarios :  “Si jamais on te demandait … ou si tu étais victime de …, Je voudrais le savoir pour pouvoir t’aider”. Assurez-vous qu’ils n’associent pas la peur d’une quelconque sanction ou réprimande dans le fait de venir vers vous.

  • De votre côté, tentez de maintenir une certaine neutralité, sans trace d’effroi ou horreur sur le visage malgré le bouleversement et déchirement ressentis si votre enfant vient vous révéler un abus. Faites preuve de compassion et d’empathie ; entourez-les de tout votre amour et rassurez-les par votre présence.

  • Soyez à l’écoute de votre enfant ; il peut ne pas vous le dire directement par peur du blâme ou par honte. Mais il pourra vous envoyer des signaux faibles comme : “Je ne veux plus aller là-bas”, “je n’aime pas cette personne”. De nombreuses tentatives de divulgation sont souvent banalisées, ignorées, …

  • Si un enfant révèle être victime de cyberharcèlement ou de sextorsion, suivez ces étapes :

  • Écoutez l’enfant : Ne remettez pas en cause son témoignage et ne corrigez pas les détails ;

  • Mettez-vous dans un environnement où il se sentira en sécurité ;

  • Choisissez avec soin vos mots, vos paroles et vos expressions faciales ;

  • Veillez à ne pas adopter un comportement culpabilisateur et ne blâmez pas l’enfant ;

  • Contactez les autorités judiciaires compétentes ;

  • Lorsque vous contactez la police au sujet de cyberharcèlement ou de sextorsion, rappelez à l’enfant que l’adulte qui a demandé ou exigé les images ou vidéos sexuellement explicites est celui qui a commis le délit, pas l’enfant.

AUTORITÉS / PLATEFORMES

  • Il est crucial que les plateformes prennent des mesures fortes pour traquer ces prédateurs sexuels. Toute diffusion d’images à caractère pornographique ou signalement de contenu sexuel explicite non désiré doit amener à une suppression immédiate du média et en référer aux autorités judiciaires immédiatement. Certains enfants ont témoigné de signalements aux plateformes qui auraient été ignorés. Comment leur demander de nous faire confiance si les personnes à même de les protéger n’assument pas leur rôle ?

En conclusion, il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les enfants et adolescents ne dénoncent pas les faits de cyberharcèlement ou de sextorsion. La peur des conséquences, du jugement ou de la honte encore en sont trois majeures. Le rôle des parents est d’éduquer les enfants à ces risques pour leur permettre de se sentir libres de témoigner de ces violences si toutefois, ils en étaient victimes ou témoins. En effet, les conséquences peuvent être ravageuses au long cours : il a été démontré que la victimisation violente des jeunes dans l’enfance, adolescence les prédisposait à en être victimes une nouvelle fois à l’âge adulte. C’est le principe de “revictimisation”. D’autres, étaient susceptibles d’adopter à leur tour un comportement violent envers d’autres personnes (victime devenue bourreau).



[Q9] Comment devrions-nous parler aux enfants de l’envoi de nudes / sexting ?

#SendNoodsNotNudes (comprenez en français Envoie des Nouilles pas des Nus). Si la phrase d’accroche avait initialement fait scandale car elle accompagnait une publicité pour des pâtes, (la marque avait été accusée de normalisation du sexting) elle permet d’amorcer la discussion sur le sexting/l’envoi de photos nues.

Tout d’abord, comment définir le sexting ? Il s’agit de messages textes, photos ou vidéos à caractère sexuellement suggestif ou explicite envoyés ou reçus par le biais des nouvelles technologies. Cette nouvelle façon de communiquer est de plus en plus plébiscitée par les jeunes.

ENFANTS / ADOLESCENTS

Que ressentiriez-vous si quelqu’un que vous appréciez diffusait une photo de vous ? N’auriez-vous pas l’impression que l’on viole votre intimité ? Ne vous sentiriez-vous pas (et à raison) dupé ?

Cette personne qui vous pousse à vous filmer / envoyer des photos contre votre gré, est-elle vraiment votre ami(e) ?

  • Toute image envoyée même dans le cadre privé d’une conversation à 2, même avec quelqu’un en qui l’on a confiance, peut se retrouver exposée publiquement avec des conséquences plus ou moins graves et durables.

Les images ont un caractère privé, et n’ont pas à être diffusées sans le consentement de l’expéditeur.

Les phrases clés à donc bien retenir sont :

NE PAS DIFFUSER pas les photos reçues.

NE SURTOUT PAS LES REPARTAGER.

PARENTS / ÉDUCATEURS

  • Au sortir de l’enfance, viennent les premières discussions parents/jeunes sur la sexualité : les modifications physiques corporelles, les changements psychologiques ; et avec, les premières relations amoureuses, l’accès à une sexualité avec les risques que cela comporte. Depuis l’accès beaucoup plus précoce à des téléphones de plus en plus performants, les smartphones, les jeunes peuvent se voir entraînés à s’échanger des photos d’eux nus ou se livrant à des activités sexuelles notamment. Il est donc important de les former aux dangers auxquels ils s’exposent, et introduire les notions de vie privée numérique.

  • Les pré-adolescents et les adolescents, en pleine puberté, sont de plus en plus exposés (et attirés) par les contenus sexuels en ligne. Cette période les rend plus sensibles à la critique, au regard des autres ; s’ils cherchent à s’affranchir de l’autorité parentale et s’émanciper, ils restent souvent prisonniers du regard des autres. Il s’agit d’une étape importante dans la construction de leur personnalité mais ils sont plus vulnérables par certains aspects, facilement influençables, et susceptibles d’accepter certaines requêtes. Il est donc important de leur fournir les bases d’une sexualité saine, une certaine « éthique » sexuelle.

  • Le sexting et le flirt en ligne ne sont pas la même chose : Si les adolescents se mettent aux sextos c’est souvent sous la contrainte ou du moins une certaine forme de pression : le désir d’appartenance à un groupe (« faire pareil que… », l’incitation du/de la petite amie… Nous devons leur parler tôt des notions de contrainte versus consentement.

  • Parlez tôt ;

  • Répétez les conversations ;

  • Apprenez leur à avoir confiance en eux ;

  • Apprenez-leur aussi à se respecter en leur fournissant les bases leur permettant de s’épanouir mais également à respecter l’autre / les autres ;

  • Parlez leur de consentement, de ce que cela implique pour eux et leurs partenaires ;

  • Enseignez-leur qu’il est normal de dire « non » s’ils n’en ont pas envie et à l’inverse que l’autre peut aussi dire NON ;

  • Leur corps leur appartient ; personne n’a de droit dessus. Leur faire croire le contraire serait considéré comme de l’abus.

  • De la même façon, aidez-les à minimiser leur exposition sur le net et à rester en sécurité. Analysez avec eux ce qu’ils publient sur les réseaux sociaux. Aidez-les à se protéger.

  • Afin d’illustrer la conversation, demandez-leur s’ils ont entendu parler de personnes de leur âge ou de leur école qui envoient ou demandent des photos/vidéos sexuelles ? Puis, si quelqu’un leur a déjà fait cette requête ?

N’hésitez pas encore une fois à recourir aux questions hypothétiques : “comment te sentirais-tu si… ?

S’ils ont déjà reçu des « Nudes », demandez-leur de ne surtout pas les repartager et s’ils ont déjà envoyé, montrez-leur les risques qu’ils peuvent faire courir à leur partenaire.

  • Encouragez-les à se confier à vous s’ils se sentent poussés par des amis / partenaires. Expliquez-leur que ça n’est pas parce que le sexting / l’échange de nus est banalisé que c’est normal.

Poussez le raisonnement jusqu’au bout : Si ton/ta petite amie avec qui tu as échangé des photos voulait s’en vanter auprès de ses ami(e)s et leur envoyait les photos comment te sentirais-tu ? et si vous vous sépariez et que par revanche il/elle les publiait (revengeporn) ?

  • Car non seulement, l’envoi de sextos / contenu sexuel imagé les exposent à des éventuels prédateurs sexuels mais les images envoyées si repartagées par des compagnons /compagnes peu scrupuleux peuvent rester à vie sur le net.

  • Il est primordial qu’ils sachent que ça n’est pas normal que quelqu’un les incite, voire ait recours au chantage pour obtenir l’envoi de photos/vidéos. Il est bien évidemment important d’apprendre la confiance en soi, mais il faut leur expliquer qu’on ne peut avoir confiance en tout le monde. Même en son (sa) petit ami(e)… Les photos qu’ils envoient initialement destinées à un cadre privé peuvent être détournées, partagées à d’autres et au maximum, diffusées sur des sites internet publics ! S’il est possible de les retirer, cela reste néanmoins très compliqué.

  • Le but n’est pas de les effrayer mais d’être honnête avec eux, leur inculquer la prudence et leur faire comprendre les risques que certains comportements peuvent engendrer. Assurez-les de votre disponibilité pour répondre à toutes leurs questions, inquiétudes. Qu’ils sachent pouvoir se confier à vous.

  • Il est important de rappeler aux enfants que s’ils ont commis une erreur ou que leurs images sont déjà en ligne, certaines actions peuvent être néanmoins entreprises afin de les supprimer : https://missingkids.org/takeitdown



[Q10] Que devraient faire les enfants s’ils reçoivent des messages indésirables sur les réseaux sociaux ?

ENFANTS / ADOLESCENTS

Il s’agit de savoir comment un enfant définit une personne de confiance et s’il considère qu’il peut s’y référer…

Parents, enseignants et éducateurs ont un rôle important à jouer afin d’aider l’enfant à identifier les pièges et dangers du net et leur permettre de s’épanouir en toute sécurité.

  • Retenez six règles d’or :
  1. Ne répondez jamais aux messages ou sollicitations, aussi tentant que cela puisse paraître ;
  2. Prévenez immédiatement un adulte de confiance si le contenu est de nature sexuelle ou contient des menaces et demandez-lui de l’aide ;
  3. Bloquez le compte et référez-en à la plateforme concernée (beaucoup de plateformes ont une fonction dédiée) ;
  4. Si le message ne contient aucune menace, supprimez-le ;
  5. Effectuez une capture d’écran du message mais ne repartagez surtout pas le contenu ou les images associées ;
  6. Si vous avez déjà initié une conversation avec la personne, arrêtez immédiatement et demandez de l’aide à un adulte (parent, enseignant, ou autre personne de confiance).

PARENTS / ÉDUCATEURS

-On ne le répètera jamais assez mais il est indispensable d’offrir aux jeunes un espace de parole et d’écoute où ils pourront se sentir libres de vous faire part de leurs interrogations, inquiétudes et vous rapporter toute tentative de sextorsion ou cyberharcèlement sans crainte de représailles.

  • Félicitez-les lorsqu’ils se confient à vous et montrez-leur qu’ils ont fait le bon choix en vous en parlant.

  • Dans certaines situations malheureusement, l’abuseur est également un membre de la famille en qui l’enfant avait confiance. Ce sera le rôle des éducateurs de repérer les signes de détresse et venir au secours de l’enfant.

  • Ne leur supprimez pas internet dès lors qu’ils se retrouvent dans ce genre de situations ; apprenez-leur plutôt comment naviguer sur le net en toute sécurité en identifiant les menaces.

  • Utilisez avec eux leurs applications et apprenez-leur à configurer les paramètres de confidentialité et sécurité ainsi qu’à bloquer des messages indésirables ou encore des utilisateurs via les fonctions dédiées.

  • Sur les réseaux sociaux, demandez à vos enfants de ne jamais accepter d’invitation de personnes qu’ils ne connaissent pas.

AUTORITÉS / PLATEFORMES

  • Avec un nombre croissant de jeunes en ligne chaque jour, les plateformes doivent désormais s’adapter aux vulnérabilités de ce jeune public. Cela passe par la sécurisation des applications avec une traque toujours plus minutieuse de ces prédateurs sexuels. De plus en plus d’applications offrent une fonction permettant de bloquer les utilisateurs indésirables et rapporter à un échelon supérieur l’individu suspect. Mais cela n’est souvent pas suffisant.

  • Il faut donc encourager le dialogue parents/enfants au sein de la cellule familiale et à coordonner ces plateformes avec les autorités judiciaires afin de lutter ensemble contre ce fléau.

En conclusion, un message clé à retenir = BLOQUER ET RAPPORTER.



## CONCLUSION

La sextorsion et le cyberharcèlement sont de nouveaux dangers mais non moins inquiétants. Ces derniers sont insidieux, pouvant menacer la relative sécurité du foyer familial. L’enjeu est majeur car il en va de la protection de nos enfants.  Des abus sexuels non identifiés peuvent impacter leur santé physique et mentale et laisser des séquelles irréversibles à l’âge adulte. Afin de lutter contre ces dangers, il faut non seulement une prise de conscience des parents et enseignants qui devront être formés à ce nouveau fléau et œuvrer pour encourager le dialogue avec les jeunes mais également des plateformes en ligne. Celles-ci doivent collaborer avec les autorités judiciaires afin d’offrir un environnement sécurisé en ligne. Il est à espérer qu’avec le vote de la loi du 15 avril 2021 visant à protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste, cela propulse ces problématiques sur le devant de la scène afin d’apporter plus de solutions et mettre définitivement un terme à ces pratiques.


Cybèrement vôtre,

SaxX